Pourquoi la convivialité est l'ingrédient le plus important

Perché la convivialità è l'ingrediente più importante

En cuisine, tout bon plat dispose d'une liste d'informations composée de : ingrédients, doses, temps. Tout est écrit, tout est répétable. Pourtant, quiconque a déjà cuisiné pour les personnes qui lui sont chères sait qu'il y a quelque chose qui n'apparaît jamais dans cette liste, et qui détermine plus que tout autre élément si un repas sera satisfaisant. Ce n'est pas une herbe, ce n'est pas une épice, ce n'est pas le tour de main du cuisinier. Ce sont les personnes assises autour. La convivialité est l'ingrédient qu'aucune recette ne liste — et la cuisine sicilienne, depuis des millénaires, est construite sur ce pilier.

L'ingrédient qu'aucune recette ne liste

Le mot lui-même le dit, avec une précision que nous avons oubliée. Convivialité vient du latin convivium, le banquet, qui naît de con-vivere : vivre ensemble. Ne pas manger au même endroit, ne pas être proches par hasard. Vivre ensemble, dans le temps bref et concentré d'un repas.

Et c'est un ingrédient qui change vraiment la substance des choses. Le même plat, mangé debout seul ou partagé lentement avec quelqu'un, change de saveur, de durée, de sens. Un morceau de pain et de fromage partagés valent mieux qu'une table raffinée consommée dans la solitude et la précipitation. Ce n'est pas une question de calories. C'est que la nourriture, sur les rives de cette mer, n'a jamais été seulement du carburant : elle a été le prétexte le plus ancien et le plus fiable dont nous disposons pour créer des liens, consolider des relations.

Ce que l'UNESCO a voulu protéger

En 2010, l'UNESCO a inscrit le régime méditerranéen sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Il vaut la peine de s'arrêter sur ce mot, immatériel : ce n'est pas une liste de recettes qui a été protégée, ni un ingrédient de garde-manger, ni une technique. C'est précisément cela qui a été protégé — une manière d'être ensemble.

Le texte même de la candidature le dit, presque avec les mots que nous utiliserions oralement : « manger ensemble est la base de l'identité culturelle et de la continuité des communautés », et « les repas communs représentent la pierre angulaire des coutumes sociales ». D'ailleurs, le mot régime (diète) ne vient d'aucune idée de privation : il naît du grec diaita, qui signifie mode de vie. Celui qui a inventé l'expression savait qu'ici, on ne parlait pas de ce que l'on met dans l'assiette, mais de la façon dont on choisit de vivre. Et vivre, par ici, a toujours voulu dire vivre ensemble.

L'ingrédient que nous sommes en train de supprimer

C'est là que le présent nous met à l'épreuve. Nous n'avons jamais eu autant de moyens d'être en contact, et peut-être jamais autant de difficulté à être vraiment présents. Nos relations passent de plus en plus souvent par un écran : rapides, continues, pratiques et étrangement ténues. Nous savons ce qu'une personne fait heure par heure, mais nous ne nous souvenons pas toujours de la dernière fois où nous lui avons consacré une heure entière sans regarder ailleurs, distraits par un écran.

Le repas a été parmi les premiers à en faire les frais. Il s'est réduit à un ravitaillement : quelque chose à consommer debout, devant l'ordinateur ou d'une main qui fait défiler son smartphone. Et même lorsque nous nous asseyons ensemble, le téléphone reste là, à portée de regard, prêt à nous emporter au milieu d'une phrase avec une notification inutile. Les Anglais ont même dû donner un nom à cette petite trahison quotidienne : le phubbing, snober la personne qui se trouve devant nous pour celle qui nous écrit de loin. C'est un geste minuscule, presque involontaire. Mais répété chaque jour, il raconte une perte précise : nous supprimons de la table, sans nous en rendre compte, l'ingrédient même qui la rendait nourrissante. L'attention entière, indivise, qui est la seule chose qu'une relation réclame vraiment.

Le remettre dans l'assiette

Voilà pourquoi s'asseoir ensemble, aujourd'hui, n'est plus seulement une habitude : c'est davantage une prise de position. Mettre le couvert pour plusieurs personnes, éteindre les écrans, attendre que tout le monde soit là avant de commencer, laisser le repas durer le temps nécessaire. Ce sont des gestes qui étaient autrefois évidents et qu'aujourd'hui, il faut choisir. La cuisine méditerranéenne n'a pas eu besoin de se réinventer pour répondre à cette dérive : il lui suffit de rester ce qu'elle a toujours été. Une dimension physique du vivre-ensemble, où l'attention qui, ailleurs, est fragmentée en mille morceaux, redevient pour un instant entière.

Ce n'est pas de la nostalgie et ce n'est pas un reproche au présent. Personne ne renoncera aux outils qui nous gardent proches quand nous sommes loin, et personne ne le devrait. Mais il y a une différence entre être joignable et être présent, et la table est l'un des rares endroits restants où cette différence se ressent encore à fleur de peau. Autour d'un plat partagé, on n'est pas individuellement connecté : on est ensemble, unis.

Le seul ingrédient qui ne s'achète pas

La cuisine est indissociable de la convivialité car elle n'a jamais séparé la nourriture des personnes. Un bon produit, cultivé avec soin dans un lieu précis, ne prend tout son sens que lorsqu'il arrive sur une table où quelqu'un l'attend avec joie et où quelqu'un d'autre l'a préparé avec amour. C'est dans ce passage — de la terre aux mains, des mains à la table, de la table à la conversation — que la nourriture devient quelque chose de plus que sa valeur nutritionnelle.

Nous pouvons choisir les meilleurs ingrédients, les cuisiner avec tout le soin du monde. Mais le plus important est aussi le seul qui ne se trouve pas sur les étagères des magasins, il se trouve sur les chaises occupées autour de votre table. Et c'est un élément qu'il faut ajouter à l'assiette chaque jour, en choisissant d'être vraiment là.